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Les mondes intérieurs de François de Brauer

Après avoir connu un succès retentissant au Petit Saint-Martin, François de Brauer, heureux papa d’un premier seul en scène adoubé de la presse et du public, reprend du service à la Scala où il salue depuis le 10 janvier sous des applaudissements chaleureux et admiratifs. Et l’on se joint à l’enthousiasme général en découvrant sur le tard cet impressionnant seul en scène. “La Loi des prodiges (ou la réforme Goutard)” consacre François de Brauer comédien-caméléon renversant et auteur-dialoguiste percutant.
On le croirait tout droit sorti de l’école Jacques Lecoq tant son corps déploie un arsenal de ressources expressives, une panoplie de gestuelles, un florilège de postures et figures pour camper, comme sous le coup de crayon rapide et précis d’un dessinateur virtuose, une galerie de portraits inventés, croqués avec une gourmandise malicieuse et les animer au fil d’un récit plein de fantaisie et de facéties, aussi grave que burlesque. Il semblerait que rien ne soit impossible à jouer à François de Brauer, longue silhouette gracile rehaussée d’un long visage lui-même rehaussé d’un large front. Un visage en forme de page blanche, comme un masque neutre capable d’endosser tous les états d’âme, de faire miroiter dans son reflet tantôt un bébé à peine né, un revenant, une femme exaspérée par son mari, une jeune fille enthousiaste, un homme politique d’une rationalité radicale, un artiste imbu de sa personne, un clochard gouailleur… Ce n’est pourtant pas chez Lecoq, maître du mouvement et du “corps poétique” que le jeune prodige a fait ses armes mais au sein du fameux Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. La technique imparable du comédien ne vient pas de nulle part donc mais ce qui rend ses personnages tous plus vivants les uns que les autres, c’est le contexte de leur maturation : l’improvisation.

Le terreau originel de jeu et d’écriture du génial François de Brauer s’ancre dans son expérience des matchs d’impro qu’il pratiquait à son adolescence donnant à la vingtaine de personnages qu’il crée dans ce seul en scène très pluriel une personnalité forte et identifiable entre toutes, si bien que jamais l’on n’est perdu dans les multiples et rebondissants passages des uns aux autres. Outre une gestuelle propre à chacun, François de Brauer leur confère une voix unique, un timbre, un débit, une mélodie qui les identifie immédiatement. L’ensemble a des airs de partition polyphonique qui nous laisse croire en secret que le jeune homme est peut-être aussi musicien à ses heures perdues. Car avec rien, hormis un sens du rythme trépidant et des situations qui font mouche, François de Brauer à lui tout seul fait surgir un monde, une société qui ressemble de près à la nôtre mais porte en elle des échos de science-fiction. Il donne corps à un récit, le déroulé d’une vie, celle de Rémi Goutard qu’une mésaventure enfantine conduira à une indifférence, voire à un rejet notoire de toute forme d’art, en particulier la peinture. Trois chaises sur un plateau nu suffisent au comédien à voyager dans l’espace et le temps de cette histoire pleine d’humour qui réfléchit et questionne en creux la place de l’art et des artistes dans la vie des gens, la société, la politique et les médias. Le tout est mené tambour battant et les scènes s’enchaînent comme en un montage cinématographique qui permet à l’acteur de déployer situations et époques avec dynamisme sans s’encombrer ni de psychologie ni de stricte chronologie. Aucun problème, on comprend tout et on traverse la vie d’un homme en 1h40 de temps sans en perdre une miette.

L’entrée en matière musicale annonce d’ailleurs la couleur, la bande son reprend en ouverture du spectacle le thème archi célèbre de “2001 Odyssée de l’espace”, issu du film culte de Kubrick mais trituré jusqu’à la dissonance extrême, ce qui provoque d’emblée l’hilarité du public et la nôtre aussi. Nous voici en territoire de (science)-fiction, rien n’est vraiment sérieux ici mais tout est réjouissant. Les références au cinéma sont d’ailleurs très présentes dans le spectacle, notamment à travers le personnage du père, l’une des premières figures à laquelle on s’attache, scénariste incompris des producteurs autant que de sa femme, dont la schizophrénie aura finalement raison de sa vie après lui avoir fourni un supplément d’imaginaire par le biais d’hallucinations à répétition qui lui font apparaître et converser avec lui son acteur fétiche décédé, Bernard Jean, vieille figure à la Gabin sortie tout droit des films en noir et blanc des années 30.

“C’est tout un monde que chacun porte en lui”. François de Brauer cite Alfred de Musset au début de “La Loi des prodiges” et assurément l’adage lui va comme un gant.

Par Marie Plantin

La Loi des prodiges
Du 10 janvier au 2 février 2020
A la Scala Paris
13 Boulevard de Strasbourg
75010 Paris
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